back into nothingness

l’œuvre

Un monodrame pour une voix, chœur et électronique.

Texte de Laure Gauthier
Musique de Nuria Gimenez-Comas
Scénographie, conception lumières : Giuseppe Frigeni
Choeur Spirito sous la direction de Nicole Corti.

Coproduction : Grame cncm, Spirito, Festival Archipel, Ircam et Théâtre National Populaire de Lyon.

note d’intention

Le titre, emprunté à Max Klinger (voir le cycle : « Ein Leben. Ins Nichts zurück », 1880-1884), fait écho au destin de Kaspar Hauser, un adolescent apparu à Nuremberg en mai 1828 et dont on pense qu’il avait été enfermé dans un cachot durant toute son enfance. Il a été surnommé l’ « orphelin de l’Europe » et il est devenu le premier fait-divers européen, faisant couler beaucoup d’encre et suscitant l’intérêt de chroniqueurs comme de poètes.

Kaspar Hauser est devenu, à son corps défendant, une image multimédia de notre société qui à la fois maltraite et momifie la poésie. Une Europe des gros-titres et des faits divers.

Dans ce projet, il s’agit de dynamiter en poésie et en musique le mythe du « séquestré au cœur pur » (Françoise Dolto), de l’enfant innocent. La musique, la langue, la profération, le chant et la lumière rendent une image de l’aspiration sourde-muette au langage primitif, sauvage, de l’enfant-placard. Le destin de Kaspar est une image de notre société capitaliste tardive qui a soif de gros-titres et iconise les enfants maltraités. Back into nothingness n’est pas une ballade romantique; il s’agit d’une titubation kinesthésique à travers un trauma devenu langage (corps, chant, instruments, images).

Je conçois Kaspar Hauser comme un autre Woyzek et me suis interrogée sur les raisons pour lesquelles ce premier fait divers ayant défrayé la chronique des journaux européens inspire poètes, dramaturges et romanciers et non les cinéastes et les compositeurs. La maltraitance et l’enfance séviciée semblent inaudibles voire irregardables. A part le film de Herzog, peu de films, pas ou presque pas de drames (si l’on excepte le Kaspar de Peter Handke) et pas d’opéra ou de musiques contemporaines.

Quelle question inaudible nous pose Kaspar ? Est-il condamné à être une figure idéale du poète ou un fait-divers ? Lorsque j’ai rencontré la compositrice Nuria Gimenez-Comas nous avons décidé de faire entendre l’aspiration au langage de Kaspar Hauser et la violence faite au corps de la langue sans idéalisation poétique ni iconisation de sa personne.

La langue échoue à dire le handicap d’une claustration pendant 17 ans. A 17 ans, Kaspar Hauser avait les catégories cognitives d’un enfant de deux ans. Le travail électroacoustique avec l’installation de hauts-parleurs entourant la salle permet, grâce à une immersion sonore, d’approcher le mystère sans le raconter. Il s’agit de placer le spectateur dans des conditions psychiques et physiologiques lui permettant de ressentir le trauma de l’enfermement, la peur de l’abandon et de la confrontation avec les nouveaux tuteurs tout en accédant à des instants purs, des moments où la raison défaille et laisse apercevoir la densité de l’être.

entretien

Poezibao publie en mars 2018 un long entretien avec la poète Laure Gauthier et la compositrice Núria Giménez-Comas, autour de leur œuvre commune, Back into nothingness.

Cet entretien montre tout le travail accompli par la poète, en très étroite collaboration avec la musicienne, pour composer un texte « musical » et cela en partant du livre de Laure Gauthier, kaspar de pierrechroniqué dans les pages du site.

Dans cet entretien, Laure Gauthier s’interroge longuement sur la relation de la musique et de la poésie et entre poètes et musiciens contemporains, ainsi que sur les possibilités de travail de la langue et de la voix pour l’œuvre musicale. Les deux créatrices montrent aussi ce que le travail avec l’autre a induit dans leur propre pratique.

Poezibao en ligne

Lire les premières pages du livret publiées sur le site de la Web-revue Poezibao.

autour de Back into nothingness

émissions radios

Radio France, 14 novembre 2018 : Le concert de 20 h

par Arnaud Merlin dans « l’Après-concert »: « Poésie et musique aujourd’hui » Invitée : Laure Gauthier, auteure, et Gérard Pesson, compositeur Extrait de « Back into nothingness » à 01:10:00

Radio France, 5 juin 2018 : L’invité du jour

par Jean-Baptiste Urbain

Hèctor Parra et Núria Giménez Comas à la Biennale “Musiques en scène de Lyon” 2018

dans des revues

Laure Gauthier: « faut-il faire chanter kaspar ? A propos de la réécriture poétique et musicale de l’histoire de Kaspar Hauser », in: Phoenix, n°28, p. 126-130