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la cité dolente

Le livre

Laure Gauthier, La cité dolente,
Editions Châtelet-Voltaire, 2015.

Le titre est emprunté au vers qui ouvre le Chant III de l’Enfer de Dante (Porte et vestibule de l’Enfer) : « Per me si va nella città dolente » / « Par moi l’on va dans la cité dolente ».

Le texte développe un argument minimal – un homme âgé, ancien chanteur d’opéra s’enferme volontairement dans une maison de retraite dans un pays qui n’est pas le sien. Pour fuir les images de la ville, il se retranche et tente de ressaisir le sens de son histoire au confluent des images de son passé et de celles de la mort qu’il anticipe. Le texte se compose de huit chants où ce personnage laisse éclater son désarroi face au monde qu’il observe au travers de la vitre, au réfectoire ou dans un des couloirs de l’hospice. Les confins de la langue sont aussi ceux de la raison. Mais l’onde médiatique, les images sensationnelles, les histoires d’enfants torturés menacent l’isolement du « détenu » volontaire. Celui-ci parviendra finalement aux portes de la cité dolente, dont l’on ne sait pas s’il s’agit de la ville aperçue du dehors, qu’il retrouvera peut-être, ou bien de l’hospice. Ainsi apparaît l’ambivalence du terme « dolent » qui renvoie à la fois à la souffrance et à la somnolence.

LIEN

Les notes de lecture

Le 21 novembre 2016, note de Dominique Boudou pour dominique-boudou.blogspot.com

Extrait :

« En sept chants augmentés d’un huitième intitulé L’avant dernier chant, Laure Gauthier exprime sans concession la matière de sa lucidité insécure. En deçà et au-delà des corps travaillés par l’humus et la chimie Haribo qui corrompt les chairs enfantines…

La langue, réduite à la pâture des faits divers dans les journaux et sur les écrans, n’échappe pas non plus au dépeçage. « La syntaxe se délite », écrit Laure Gauthier. Celle des mots, des images, et le réel invertébré/décérébré sombre dans le cauchemar concentrationnaire ».

Voir http://dominique-boudou.blogspot.fr

Le 11 octobre 2015, note de Pascal Boulanger pour sitaudis.fr

Extrait :

« Cette écriture nette, sans scories ni bavardage, fixe souverainement le négatif qui se manifeste dorénavant dans la parole restreinte, spectaculaire et dans les gestes réflexes. Et elle parvient, magistralement, à refonder des problématiques (celle du corps social, du corps intime, de l’être et du non-être) qu’occulte la poésie tiède. Ecrire pour Laure Gauthier, c’est être dans l’acte-observation, dans le bond hors du rang des meurtriers (Kafka) et c’est à travers ce regard d’exilé que nous parviennent les rumeurs et les déficiences d’une trame sociale qui n’est plus qu’une procédure de collage et de répétition dans laquelle se résigne la pensée adhésive. Or, quelque chose gémit au milieu du silence, quelque chose d’irreprésentable bascule dans le fait divers : le symptôme même du Mal et des rivalités mimétiques résonnant dans l’entonnoir à histoires :

« On m’a mis l’entonnoir à histoires, ils m’ont fait avaler le cauchemar, je n’entends plus que le bruit du lave-linge. Et dire qu’il a survécu aux premiers tours. Où courir ? Et dire qu’il nous a regardés à travers le hublot, le concepteur de la machine n’a pas dû penser à cette éventualité, et dire que je parle et que l’eau du lavage a étouffé son dernier mot ».

LIEN

Thibault Comte, « La fraîcheur d’un souffle. A partir de la Cité dolente de Laure Gauthier », in : Revue Regain, 8 octobre 2015

Extrait :

« Dans La cité dolente, la langue est torturée, pliée, meurtrie par le désastre : « Comme si la mort remontait à la surface de la peau. » La mort remonte à la surface de la peau de la page, au corps même du langage, la souffrance se fait visible, et elle tient à la page comme à sa vérité. Mais, et c’est une des obscurités du texte, cette mort remontée à la surface et qui devrait détruire et empêcher toute communication, rend le langage possible. La mort, remontée à la surface, imprime sa tension au cours du langage, à la page même, mais demeure nécessaire, rend la littérature possible. Le langage n’est plus celui d’une dé-composition, mais celui d’une alliance de son et de sens, de grâce et d’allure, de fraicheur et d’extase. Ce langage retrouvé est un souffle divin, nous donnant à sentir la fraicheur d’un souffle nouveau. « Une langue poreuse, pourtant, percée de trous multiples où circulent l’air du temps et la fraicheur d’un souffle. » Dans La cité dolente, la langue s’incarne, et on peut craindre qu’on ne comprenne cette incarnation à la lecture de ce texte si tourmenté, qui ne laisse voir que le tourment, pour dissimuler autre chose ; et on est navré de voir que les études ne distinguent majoritairement que cette souffrance de la langue, cette enfermement de la langue. Il n’y a rien pourtant de plus ouvert et de plus poreux que l’écriture de Laure Gauthier, et le langage (qui est présentation en même temps que la présentation – mise en page), n’est pas souffrance, mais elle réalise un monde en souffrance, sans en faire sa vérité. L’écriture – qui est langage – nous déplace hors de nous – hors de soi – dans cette étrange et extraordinaire expérience qu’est être autre que/pour soi-même durant un temps, qui est une absence de temps. La lecture nous engage dans un langage d’image et d’imaginaire où le réel n’a plus sa place et où il nous est demandé de rêver et de se mêler à la trace serrée des mots. À nous de nous mêler aux autres et aux mots, d’être « Dépossédé(s). Libre(s) », de ne faire qu’un avec ce monde imaginairement impossible, dont nous recevons tout de même l’image, par le prisme d’une violence douce – d’une douceur violente. Et si la langue, le corps du texte est si délicat, c’est que l’espoir du jour, au sein de l’écriture de la nuit, séjourne silencieusement dans le plis des mots, dans le vêtement des phrases, dans la peau de la page.

De ma fenêtre, presque vide, je peux toucher l’écorce amère du souvenir Je veux mourir avant mon toit. Dans une maison de pierres, Éprouver perdant leur longévité. »

LIEN

Laurent Cassagnau, « La cité dolente », Revue Europe (93e année, n° 1038, octobre 2015), p. 318-320.

Extrait :

« Contre Michel Leiris, Laure Gauthier ne pense pas que l’écrivain doive s’exposer dans son travail « à la corne acérée du taureau » afin d’éviter « les grâces vaines de ballerine » (De la littérature considérée comme tauromachie). Le taureau n’aurait pas imaginé mettre un boeuf dans un lave-linge, ni même l’enfermer dans un placard s’il était capable d’en construire un. Dans La Cité dolente le taureau ne donne pas de coup de cornes à un écrivain-torero ; comme l’enfant obèse qui reçoit « une pluie de banderilles que lui plante son père, une poudre chocolatée et des étoiles sucrées », comme la petite fille maltraitée à coups d’aiguilles à tricoter, il est « ballerine » martyrisée, prisonnier de son silence. Et Laure Gauthier se prend à rêver, d’une nature qui n’abriterait plus de clairières ensanglantées par des taureaux sacrifiés et des enfants violentés, plus de lisières de forêts où sont brûlées d’inconcevables masses de morts-vivants : « Réinvestir la forêt, faire bosquet,/ Et le taureau passe de loin, dans un bruissement de feuilles. » Mais cet « ailleurs indolore » qui se profile à l’horizon d’un taureau libre, épargné, est une idée régulatrice, la Béatrice qui sert de guide à l’écriture dans l’indispensable traversée de la cité dolente. Le moment crucial qui ‘achève’ le texte, l’hésitation de Charles Vacquerie entre être et non être, a la fonction d’un emblème, d’une mise en abyme du mouvement sous-jacent au livre. Etre dans la cité dolente ou ne pas y être. Mais désormais, au terme du mouvement qui l’a conduit des profondeurs de la souffrance de la femme aimée (« moi, carpe, dans ton être boue ») à la décision de Charles Vacquerie de sortir de l’onde, il apparaît qu’il faut affronter de nouveau la cité dolente. C’est à ce prix qu’un « dernier chant », celui de sa fin, que nous n’entendrons pas, devient possible.

Comme dans son précédent livre marie weiss rot/marie blanc rouge (Editions Delatour, 2013), Laure Gauthier raconte la conquête d’une parole, d’une respiration, mais ici elle ne saurait être autre chose que « bouche à bouche écorché avec l’inaccepté ». A l’instar de son personnage Laure Gauthier « bouffe du mot. Pour recracher l’amer. » Ces huit chants d’avant le « dernier chant » (comment possible après toutes les exterminations dont Germigny l’Evêque n’est qu’un nom ?) sont en effet amers, grinçants, la prose poétique de Laure Gauthier, visuelle et concise, a indéniablement une dimension cathartique. Mais c’est précisément au-delà des images sans concession de la « dolence » que s’ouvre, par là non mensongère, la possibilité de la transparence. « Et le taureau passe de loin, dans un bruissement de feuilles. »

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Luigia Sorrentino, « la città dolente », 27 septembre 2015

LIEN

Bonifacio Vicenzi, « il disagio di vivere nell’opera di Laure Gauthier » sur le blog « Su il Sogno di Orez »

Extrait

 » Avec la Cité dolente l’auteur s’est amusé à mêler les genres littéraires en inventant un langage musical imprégné de l’essence typique de l’art. Poésie, prose, musique et peinture contaminent son écriture et ce qui en ressort à la fin a beaucoup à voir avec les vibrations d’une âme (celle de l’auteur) qui lutte et vit son quotidien avec toutes ses contradictions, ses peurs dans l’énorme mystère d’une vie, que nous traversons en parfaits étrangers », traduit de l’italien.

LIEN

Claire Tencin, « A l’Or des minuscules », juin 2015, pour le site ardemment.com

Extrait :

« Les sept chants de la Cité Dolente trace la cartographie de corps démembrés, mutilés, conservés dans le formol d’un silence transparent. La violence est ontologique à la vie, l’espérance se rattrape aux gestes perdus de l’humour.
Il faudra bientôt planter davantage de pins et de chênes pour les cercueils XXL. Et dire que l’on manifeste contre le foie-gras. »
Laure Gauthier manipule son lexique au doigté ou à coup de griffes, la main et sa cohorte verbale marque constamment la gestuelle de la langue qui enfouit et déterre. Mains tâchées, mains tendues éperdues, mains ligotées, mains-pochoirs rouge sur la peau, main dans la bouche pour retirer les fils de la viande de veau. Des mains comme les prolégomènes d’un désir fossoyeur.

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A propos du livre :

Commentaire de Laure Gauthier sur « La cité dolente » pour le blog de littérature de Luigia Sorrentino (publié en italien) :

La Cité dolente est un texte extrême. Mais je vois notre monde comme un monde qui pousse à l’extrême les tendances antipoétiques, les violences qui accablaient déjà Kaspar Hauser et Woyzek sont gonflées comme des baudruches, caricaturales, tant elles sont extrêmes, tragi-comiques, symptômes baudruche que j’essaie de faire éclater dans ma poésie. La menace a changé de processus, la voix qui lutte résonne autrement.
Mes différents textes, marie weiss rot / marie blanc rouge (Delatour, 2013), La cité dolente (Chatelet-Voltaire, 2015) ou encore kaspar de pierre (à paraitre, La lettre volée, 2016) offrent des images d’ensevelissement du poétique et d’étouffement de la voix mais, comme dans les tableaux de Pierre Soulages, sous le noir, la lumière perce. Dans la Cité dolente, l’enfer, c’est ce point où l’être est enseveli de sucre et d’images vidées de substance, images nénuphars stéréotypées, sans racines, qui sacrifient l’intime, ou encore les faits divers et les gros titres qui font jouir les lecteurs de l’horreur comme du temps où existait la roue en place publique, des faits divers omniprésents qui gèlent la syntaxe dans des superlatifs.
Dans La cité dolente, existe un mouvement, un semblant de mouvement, comme le départ du narrateur dans le Décameron qui fuit la peste. Le texte, entre prose et poésie, développe un argument minimal – un homme âgé, ancien chanteur d’opéra s’enferme volontairement dans une maison de retraite dans un pays qui n’est pas le sien. Le texte se compose de huit chants où ce personnage désenchanté laisse éclater son désarroi face au monde qu’il observe au travers de la vitre, au réfectoire ou dans un des couloirs de l’hospice. Pour fuir les images de la ville, il se retranche et tente de ressaisir le sens de son histoire au confluent des images de son passé et de celle de la mort qu’il anticipe. Les confins de la langue sont aussi ceux de la raison. Mais l’onde médiatique, les images sensationnelles, les histoires d’enfants torturés menacent l’isolement du « détenu » volontaire.
On ne va pas d’un chant à l’autre dans l’enchantement, mais ce fil prosaïque nous confronte à la matière même du désespoir et c’est au lecteur de transformer la boue en or, de laisser percer la lumière sous le noir prosaïque. Je suis en effet contre une poésie du RECUEIL. Je conçois ce texte, et la poésie plus généralement, aux prises avec le prosaïque. J’expose au maximum la voix poétique. Il n’y a donc pas de paroles poétiques sur une page ou deux qui se succèdent, collier de perles de langage, mais au milieu de l’effroi ou de la boue surgissent en contre-rythme le ravissement de moments extatiques, comme le souvenir d’un toucher.
La voix intérieure du narrateur anonyme est sans cesse menacée dans son souffle, sa syntaxe et sa typographie par les dangers des gros-titres et la fait-diversation de la société. Le titre est emprunté au vers qui ouvre le Chant III de l’Enfer de Dante (Porte et vestibule de l’Enfer) : « Per me si va nella città dolente » / « Par moi l’on va dans la cité dolente ». J’ai retravaillé poétiquement la chute dans les cercles de l’enfer. Chaque chant est conçu comme un anneau autonome dans ses réseaux sémantiques, rythmiques, métaphoriques qui tournoient, se contaminent et se propagent comme des séquences musicales. Mais chaque chant circulaire renvoie aux autres et le dernier au premier. On dévisse ainsi sans savoir si l’on va vers l’obscurité ou la lumière. On reste sur le seuil. D’un enfer-mement. On se tient sur l’arrête entre extérieur et intérieur. Il n’y a ni Paradis ni Enfer mais un seuil constant. C’est au Chant cinquième qu’est cité une unique fois le chant III. C’est là où les faits divers inventés ou retravaillés poétiquement viennent envahir la page et l’esprit et annoncent la chute du moi lyrique, et sa rencontre non pas des grands noms de la mythologie et de l’Histoire mais des anonymes séviciés.
Si ce texte dialogue de façon plus ou moins souterraine avec la littérature italienne, Boccace et Dante, il offre une réflexion sur la nature humaine et la violence d’images multiples, notamment celle du torero qui revient, lancinante. A l’inverse d’un Michel Leiris dans « La littérature comme tauromachie », il est question ici de la dignité de la « ballerine », de l’ultime regard de l’enfant passé à la machine à laver (encore un mouvement circulaire des cercles de l’enfer-mement), cliché intérieur jamais développé, plein d’amour. C’est une poésie de la fragilité, de l’animalité « sans gradin », sans le spectacle martial qui prétendait renouer au mythe, qui triomphe. Une poésie prosaïque qui laisse éclater de la splendeur malgré le noir. Sans oublier l’humour qui vient retourner les signifiants et offrir une respiration aux moments les plus asphyxiés.

Publié sur le blog de Luigia Sorrentino

Extraits du chant 5. Traduction en italien sur le blog littéraire de Luigia Sorrentino

EXTRAIT CHANT 5

Puis se relever encore. Vivant de muscle. Encore une vie paupière. Malgré l’être sphincter. Bien plus

VIVANT

Que les insectes,
J’entame ma dernière semaine.
Sept fois plus d’éternité que les papillons.

***

Homme flore, mon vol fragile
Une pesanteur morphine – humus,
Me voilà – ach ! – vous

.

Grouillez. Sous la mousse. Mais,
Homme de câbles, homme sonde, ô,
Mon cri est diagonal, encore ! J’abandonne
Mes souvenirs d’amour, mes images et mes sons
Pour me laisser ensevelir en catimini, loin de mes icônes,
Sous un drap synthétique, même pas blanc.

.

Étrange troc de liquides. Homme nuage,
On m’injecte, je déjecte.
Vies.
Ö personne ne contemplera les images, arrêtées,
Dans ce corps,
Soixante-dix kilos de mémoires. – sans forces, je tente de les
incanter, mes fruits, malmenés dans ce brasier de douleurs
nouvelles,
Je leur donne mon rouge, mon blanc,
Mon brun, moi-bête
Joue encore
Que d’écarts en moi, dernières tranchées, laissez-moi vivre,
reconnaître, regarder au-dedans de l’enveloppe douloureuse à
la matière indéterminée. Et dire que j’étais peau !

.

Et j’aimais à toucher.
Mes doigts plastiques n’ont plus de plaisir à l’acrylique.
J’avais les cheveux de Dürer et je marchais à l’amour sans
craindre le moment linceul,
à l’odeur de lessive rose que l’on mettra sur mon visage dans
quelques tours de cadran
Et puis le bruit du bac
Charon. Semi-liquide. Jaune-brun.
Je ne peux plus descendre plus bas.

.

Propos médicaux. Sybilins.

Ma io perchè venirvi ? o chi ‘l concede ?
Io non Enëa, io non Paulo sono :
Me degno a ciò nè io nè altri crede

La force de l’évanouissement –
Je quitte faiblement le champ,
La caméra part filmer les trous au hasard, je ne vois plus.
Liquide, gazeux, orange, chloré ; moi-bassine,
Soigné aux abois, vois encore, paupières fermées,
En contre bas, implosion grise, la syntaxe se délite,
Les plans arrivent, art grotesque,
Je vais d’alvéole en alvéole.
Sans amertume de vivre.
Je ne rencontre
que mains et sourires.

.

Je quitte le douloureux hospice vers les voix vives.
Que des inconnus – me repeuplent.
Ce ne sont pas des ombres, qui me frôlent inconsistantes, non,
toute ma vie restante, le dernier bonustrack, l’ultime cadeau,
se gonfle le souvenir d’une de tes mains, souvenir baudruche.

.
Chaque sourire esquissé, passé, fait bouger l’aiguille, je ne
Vois pas la goutte rouge qui perle dans cette encore-vie. Tout
mon corps se cabre pour laisser éclore le son des voix qui
recouvre
ma honte incontinente.
Pas de vieilles mains aux paroles bulles, revêches, qui me
consoleraient à demi coeur et
feraient transpirer mes doigts mourants – non, dans cette
absence radicale je sombre dans ces carnations perdues, chaudes

Non
pas ces amas rosés, ces paquets de mains dessinés endentellés,
mains larguillières, sorties de nulle part,
Contorsionnées dans un artifice inintéressant, Fantebasso,
Vinci, et puis soudain Bandinelli. Je dois abandonner le fusain
Dürer, le doigt tendu, la juxtaposition. Vieillard nu
À terre. Et étude de main.
Pourquoi cette postérité ? Je n’expose pas mes lubies.
.
Je tourne les pages intérieures à grand peine, pour aller creuser
au puits de moi, faire remonter la sensation des toi,

.

L’irreprésentable plasticité
D’une main amoureuse,
Le langage sans surtitre
Que l’on apprend alors,

 

Laure Gauthier

CANTO 5 (Estratti)

Poi alzarsi ancora. Vivente di muscolo. Ancora una vita palpebra. Nonostante l’essere sfintere. Molto più

VIVENTE

Degli insetti,
Inizio la mia ultima settimana.
Sette volte più d’eternità delle farfalle.

Uomo flora, il mio volo fragile
Una pesantezza morfina – humus,
Eccomi – ach ! – voi

Brulicate. Sotto il muschio. Ma,
Uomo di cavi, uomo sonda, o,
Il mio grido è diagonale, ancora ! Abbandono
I miei ricordi d’amore, le mie immagini e i miei suoni
Per lasciarmi seppellire di nascosto, lungi dalle mie icone,
Sotto un lenzuolo sintetico, nemmeno bianco.

Strano baratto di liquidi. Uomo nuvola,
Mi iniettano, io deietto.
Vite.
O nessuno contemplerà le immagini, ferme,
In questo corpo,
Settanta chili di memorie. – senza forze, io tento di incantarli, i miei frutti, maltrattati in questo focolaio di dolori novelli,

Dò loro il rosso mio, il bianco mio,
Il marrone mio, io-bestia
gioco ancora
Quanti scarti in me, ultime trincee, lasciatemi vivere,
Riconoscere, guardare dentro il fulcro doloroso dalla materia incerta. E pensare che ero pelle !

E a me piaceva toccare.
Le mie dita plastica non provano più il piacere dell’acrilico.
Avevo i capelli di Dürer e camminavo verso l’amore senza temere il momento sudario,
verso l’odore di bucato rosa che mi verrà messo sul viso fra qualche giro di quadrante
E poi il rumore del traghetto
Caronte. Semiliquido. Giallo-marrone.
Non posso più scendere più giù.

Parole mediche.          Sibilline.

Ma io perché venirvi ? e chi ’l concede ?
Io non Enea, io non Paulo sono :
Me degno a ciò io nè altri crede.

La forza dello svenimento –
Lascio lievemente il campo,
La cinepresa se ne va a filmare i buchi per caso, non vedo più.
Liquido, gassoso, arancio, clorato ; io-bacinella,
Curato alle strette, vedo ancora, palpebre chiuse,
Più in basso, implosione grigia, la sintassi si sgretola,
I piani succedono, arte grottesca,
Vado di alveolo in alveolo.
Senza amarezza di vivere.          Incontro solo
Mani e sorrisi.

Lascio il doloroso ospizio verso le voci vivide.
Solo sconosciuti – mi ripopolano.
Non sono ombre, che mi sfiorano inconsistenti, no, tutta la vita che mi resta, l’ultimo bonustrack, l’ultimo regalo, si gonfia il ricordo di una tua mano, ricordo palloncino.

Ogni sorriso delineato, passato, fa muovere l’ago, non
Vedo la stilla rossa che sgocciola in questa ancora-vita. Tutto il mio corpo si impenna per lasciar sbocciare il suono delle voci che ricopre
la mia vergogna incontinente.
Nessuna vecchia mano dalle parole fumetti, ritrose, che mi consolerebbe a metà cuore e
mi farebbero trasudare le dita morenti – no, in questa assenza radicale naufrago in queste carnazioni perdute, calde

Non
questi mucchi rosei, questi pacchi di mani disegnati a pizzo, mani di stile Largillière venute dal nulla,
Contorte in un artificio poco interessante, Fantebasso, Vinci, e poi ad un tratto Bandinelli. Devo abbandonare il carboncino Dürer, il dito teso, la sovrapposizione. Vegliardo nudo
Per terra. E studi di mano.
Perché questa posterità ? Non espongo le mie ubbie.

A fatica volto le pagine interiore, per andare a scavare nel mio pozzo, far risalire la sensazione dei tu,

La non rappresentabile plasticità
Di una mano amorosa,
Il linguaggio senza sopratitoli
Che si impara allora

Laure Gauthier
(Traduzione Jean-François Lattarico)

Publié sur le blog de Luigia Sorrentino